Les Penseurs de l’Orient
Série de traductions françaises
L’Occident a lontemps imaginé l’Orient comme le lieu d’une théorie abstraite, aux mystiques assis les jambes en tailleur, paupières baissées, abîmés dans la contemplation. L’existence et le propos de ce livre visent à démanteler cette hypothèse.
Le livre Les Penseurs de l’Orient distille l’enseignement de plus de cent sages, sur trois continents, à travers un recueil de récits courts et puissants : des dialogues, des fables, des rencontres, des paraboles mises en actions qui servent à illustrer la connaissance soufie non pas en tant que doctrine mais bien comme nécessaire à vivre. Un marchand découvre la nature de la convoitise par le truchement d’une transaction, non pas suite à un sermon. Un enseignant parvient à corriger un étudiant par l’action, non par une confrontation. Un derviche qui déambule dans les rues d’un marché accomplit davantage qu’un savant assis dans une bibliothèque. Dans chaque cas, l’emphase est mise sur l’expérience directe plutôt que sur l’interprétation.
Idries Shah a compilé ce matériel dans un but spécifique. Comme il l’écrit dans la préface, sans une expérience directe de ce type d’enseignement, ou tout au moins, une transcription directe de cet enseignement, la pensée de l’Orient ne pourra jamais être comprise. Il s’agit précisement de ce type de récits retranscrits qui sont rassemblés ici : des moments d’une perspicacité telle qu’elle est transmise grâce aux circonstances précises d’une situation vécue, plutôt que par une abstraction ou par une exégèse.
Ce qui frappe le lecteur c’est l’ampleur de la gamme parcourue. Les sages évoqués ici s’étalent sur plusieurs siècles et dans plusieurs lieux géographiques allant de Bagdad à Boukhara, de Samarcande aux montagnes de l’Asie Centrale. Le second élément frappant pour le lecteur est la consistance de l’ouvrage. Derrière l’apparente variété de surface, la même intelligence objective est à l’oeuvre : testant les hypothèses, démasquant la vanité, insistant sur le fait que la connaissance sans application, n’est en rien équivalente à la connaissance.
Les histoires sont brèves mais leur effets perdurent de manière considérable, remontant à la surface dans la vie quotidienne de façon inattendue, recadrant un problème que le lecteur pensait avoir déjà été résolu.